Il y a un peu plus d'un an, lors d'un voyage à Okinawa, j'ai vu un film appelé "Nuclear Hurricane". C'était complètement pathétique, mais finalement pas très loin de la situation actuelle.
Jeudi 10 Mars 2011, "Zettai Zetsumei Toshi 4: Summer Memories" a été mis en vente. Le jeu offre au joueur de survivre dans une ville dévastée par un tremblement de terre majeur (trouver de l'eau, de la nourriture, éviter les bâtiments croulants, etc). Le lendemain, un séisme de force 9.1 frappait le Japon, engloutissant des villes entieres et tuant par milliers. Le jeu a été retiré de la vente et sa distribution annulée.

Vendredi, 3PM, fortes secousses. Les étagères se déversent sur le sol, les armoires menacent de tomber, certains s'abritent sous leurs bureaux. Ceux qui ne sont pas directement a coté d'une armoire sont, dans l'ensemble, amusés. A la première accalmie, tous les employés quittent le bâtiment. Les trains étant arrêtés, chacun commence à planifier son retour. Certains passeront la nuit dehors, certains marcheront pendant plus d'une demie-douzaine d'heures pour rentrer chez eux. Pour ma part, je prends un café avec des collègues, passe un peu de temps dans une salle d'arcade, puis, les trains n'étant pas rétablis, je vais dormir chez un collègue après 2 petites heures de marche. Bilan: une après-midi de repos, rentré avant 10 heures, pots de fleurs cassés, trains arrêtés.
Samedi, un peu vendredi soir, je rattrape mon retard sur les infos. Les images sont considérablement plus choquantes que les vibrations, et je prends progressivement conscience de l'ampleur de l'évènement. Le tremblement de terre en lui-même n'a causé que peu de dégâts, mais le tsunami a ravagé les cotes. Cependant, le sentiment général reste l'assurance que le pire est passé. Bilan: Milliers de morts, villes détruites par les tsunami.
Dimanche, la vie commence à reprendre son cour. Le deuxième étage du bâtiment voisin de ma laverie est marqué par un incendie, probablement au gaz. Je vais voir Au Revoir Taipei au cinéma. Je découvre une notification de colis qui serait arrivé vendredi dans l'après-midi, peu après le séisme, avant mon retour. Je reçois un appel de Docomo au sujet de ma commande. Tout juste commence-on à réaliser qu'une centrale nucléaire a pris plus de dégâts que les autres. Bilan: rares paniques, alourdissement du bilan des tsunami.
Lundi, de retour au boulot. Tout le monde est présent, sauf de rares employés qualifié d'alarmistes. Il semble que certains des réacteurs, endommagés par le séisme et le tsunami, ont des soucis de refroidissement. Le niveau de nervosité augmente progressivement, mais la situation semble sous contrôle dans la centrale, et de nombreuses sécurité sont en place en cas de problème. Toutes les entreprises continuent normalement, mais certaines denrées (en particulier les céréales) commencent à se faire rare dans les boutiques. Bilan: montée de l'inquiétude, diminution des stocks.
Mardi, toujours pas de signe d'amélioration. Les mesures de sécurité tombent les unes après les autres. Le vent tourne au sud, le niveau de radioactivité à Tokyo augmente de manière significative. Tout le monde garde un oeil sur les informations en permanence. La plupart prennent des mesures, ne serait-ce que garder son passport sur soi au cas ou. La plupart des entreprises continuent leurs services malgré des coupures de courant, je prends possession de mon tout nouveau MEDIAS à Docomo, une journée avant la sortie officielle. Il est pratiquement impossible de trouver de la nourriture et de l'eau plate. Certains collègues ont silencieusement quitté la région, de plus en plus de gens regardent les transports au départ. L'ambassade de France offre gratuitement des places dans un avion pour la France. Le soir, ne voyant toujours aucun signe d'amélioration de la situation, et ayant constaté à quelle vitesse la situation pouvait tourner, je trouve plus prudent d'acheter un billet de train pour le lendemain. Si la situation s'améliore durant la nuit, rien ne me force à l'utiliser. Bilan: chaos.
Mercredi, discours du boss aux employés présents, environ deux tiers. Il se veut rassurant, encourage à rester, offre son soutient en termes de logements et transports, mais aussi compréhensif et accommodant en termes de télétravail. La situation, bien que toujours non-dangereuse pour Tokyo, n'est toujours pas stabilisée. La seule certitude est que rien dans mes activités à Tokyo ne vaut la peine de risquer ma vie, ma santé, ou celles de mes proches. Je donne mes dernières réserves de riz à des amis restant quelques jours de plus, et prends mon train pour le sud.
Jeudi, les rares employés restant (dont certains ont eux-même leurs billets) nous font part de l'état des locaux. Moins d'un tiers des employés sont présents, malgré une absence flagrante de notification préalable. Ceux qui peuvent travaillent à distance. Pour l'entreprise, pour le Japon, advienne que pourra.
Bilan, je suis à Hakata, à 1000km de Tokyo et plus encore de Fukushima. Pas de tourisme, je bosse toute la journée. A mon grand regret, mon appartement à Tokyo n'est plus à votre disposition jusqu'à amélioration de la situation, mais je doute que vous vouliez m'y rendre visite de toute manière. Si le pire venait, je suis à 15 minutes de l'aéroport de Fukuoka. Et pour ceux qui seraient pas encore au courant, j'ai un appartement et un nouveau téléphone.
Good night, and good luck.
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