C'était une fort belle journée, et lorsque je me suis mis en route aux
alentours de midi, le soleil était a son zénith. Pas moyen de se
tromper a l'approche du musée, c'est vraiment une architecture unique!
Il s'agit apparemment d'une reproduction d'un grenier sur pilotis. En
tout cas c'est original, pas de mur au 3e étage, j'avais encore jamais
vu ça (les photos viennent, si si, des que j'aurai fini celles de Nara,
puis celles Kyoto, puis les plus récentes de Tokyo).
Le point de
vente de billets est au premier étage, caché entre un restaurant et une
boutique de souvenirs. Un ascenseur monte directement au 6e étage et la
visite commence. Pour démarrer sur les chapeaux de roues, l'ascenseur
s'ouvre sur une reproduction taille réelle de Nihonbashi, le pont de
l'entrée de la ville, avec de part et d'autre des reproductions de
bâtiments également taille réelle. Le pont mène d'un coté à l'autre du
6e étage, enjambant le 5e étage. La visite est libre, et de nombreux
passages permettent de se déplacer facilement, mais le sens de la
visite normal est chronologique. Ça commence donc par Edo a sa
création, avec de plusieurs reproductions miniatures de divers parties
de la ville, les bâtiments, les habitants. Aux murs, de longues
tapisseries représentant un panorama de la ville. Un peu plus loin,
divers objets comme des armures de samourai, des sabres, des pierres de
go... Le tour de l'étage supérieur est vite terminé (un pont ça prend
beaucoup de place, ceux qui voulaient un Nihonbashi grandeur nature
chez eux feraient mieux d'y réfléchir à deux fois), un escalier mène a
la suite de l'exposition. On s'éloigne un peu du miniature en faveur du
taille réelle: la maison contient plusieurs pièces, reproductions de
maisons ordinaires et leurs habitants. Plusieurs canalisations en bois
sont exposées, ainsi que des dessins et reproductions des installations
de l'époque. Une section en particulier est consacrée aux brigades
anti-incendits. Entre les maisons en bois, la sur-densité et les
tremblements de terre, la ville était régulièrement ravagée par les
flammes. Le chemin de visite continue autour de la maison avec une
section sur les publications de l'époque. Ils utilisaient un système de
presse avec des gravures en bois. Le degré de précision est stupéfiant.
Chaque élément exposé est complété par des histoires ou explications.
Les boutiques de location/vente de livres d'occasion et l'apparition
des droits d'auteurs mène naturellement à la section sur le commerce:
monnaie de l'époque, reproduction (pas taille réelle ;>_>) d'un
voilier, carte des ressources de la région. Le tour de la maison est
achevé, la dernière partie sur l'ère Edo se trouve a l'intérieur, avec
une reproduction grandeur nature d'une scène de théâtre.
On sort
de la maison, on passe sous le pont, et on entre dans l'ère Tokyo. Pour
commencer joyeusement, le changement d'époque représente un changement
de pouvoir, en particulier le massacre d'une armée de 12.000 hommes
repliée dans un temple de Ueno par une alliance de 21 armées de divers
région ou partis. Quand je suis entré dans la reproduction d'une maison
(fin 19e, début 20e), sous le plancher en verre se trouvait la
reproduction d'une ambassade ou quelque chose comme ça. Je continuais
mon chemin vers la reproduction d'une église du style orthodoxe russe
quand un bruit m'a fait revenir sur mes pas: le toit de l'ambassade
s'était ouvert et des petits personnages dansaient au son de la
musique! Le toit s'est refermé, la lumière s'est éteinte: au tour de la
façade de l'église russe de se déplacer. Puis carrément tout le
quartier de Ginza, une scène de plus de 10m² de maisons miniatures, les
personnages marchent ici et la, la nuit tombe, la lumière diminue, les
lampadaires s'allument, etc etc... Dire qu'a 2 minutes près je ratais
ça...
Le chemin ressort de l'autre cote de la maison dans une
section dédiée au tremblement de terre de 1923. De plus en plus joyeux,
de nombreuses photos de Tokyo bulldozerisée sont affichées. Parmi elles
figurent plusieurs représentations de piles de cadavres. Sont exposés
également plusieurs morceaux de roche brisés et de métal déformé par
l'effondrement des bâtiments ou les incendits qui ont suivi. Au milieu
trône une reproduction de plusieurs mètres de haut de la figure
emblématique de l'évènement: le premier "gratte-ciel" japonais de 12
étages, tellement populaire que les visiteurs devaient payer à l'entrée
pour aller y faire leur shopping. Il contenait également le premier
ascenseur japonais. Moins de 10 ans après sa construction, il fut
réduit en poussière. Entre 100 et 150.000 personnes ont trouvé la mort.
Toujours plus drôle, suite a la destruction des réseaux de
communication, de nombreuses rumeurs se sont répandues: émeutes des
partis politiques extrémistes, conspiration des coréens... En
conséquence de quoi plusieurs milliers de coréens (ou simplement de
japonais pris pour des coréens) on été sommairement abattus.
Les
aides à la reconstruction ont afflué d'autres villes et d'autres pays,
et les années qui ont suivi ont permis une reconstruction de la ville.
Jusqu'aux bombardements américains de la seconde guerre mondiale qui
ont une nouvelle fois nivelé le paysage. Le nombre de victimes était
équivalent, voir supérieur au tremblement de terre. Une fois de plus,
des photos de piles de cadavres, le métal fondu des avions abattus
remplaçant celui poutres déformées. Une vidéo illustre les
bombardements, avec plusieurs scènes de B-29 déversant une pluie de
bombes sur la ville. Puis un document annonçant une reddition sans
condition. Timidement, quelques objets témoignent de la reconstruction
prodigieuse des décennies qui ont suivi, mais ils sont bien loin
d'effacer l'impression laissée par ces deux catastrophe. L'histoire
japonaise est décidément bien sombre...
C'est donc le coeur
léger et d'un pas sautillant que j'ai quitté le musée, acheté une glace
vanille et suis rentré en passant par le parc. Faut pas perdre le sens
des priorités non plus.